Pourquoi tant de grimpeurs stagnent malgré toute l’information disponible

En ce moment, j’ai plusieurs livres en cours.

Le dernier : le coffret Résiste & Force.

On vit à une époque où l’information est partout.

YouTube, podcasts, IA, réseaux.

Une réponse à peu près à tout, en quelques secondes.

Et pourtant, lire reste quelque chose d’essentiel pour moi.

Parce que lire oblige à ralentir.

À poser les choses.

À accepter de ne pas avoir la solution immédiatement.

À comprendre que, bien souvent… ça dépend.

Dans ces livres, il n’y a pas de programme miracle.

On parle de principes, de nuances, de contexte.

On t’explique pourquoi certaines choses fonctionnent… et pourquoi, parfois, elles ne fonctionnent pas.

Mais il y a un point qu’on évoque peu.

Des livres comme Résiste sont excellents.

Profonds. Sérieux. Nécessaires.

Mais ils restent difficiles d’accès.

Ils demandent déjà un certain niveau, beaucoup de recul, du temps.

Dans les faits, ils s’adressent surtout à des grimpeurs entre 6 et 9. (d’ailleurs c’est déjà mis sur la couverture)

À l’inverse, quand on regarde ce qu’on trouve en ligne aujourd’hui…

La majorité des contenus sont très orientés divertissement.

Des performances impressionnantes. Des grimpeurs très forts. Des vidéos inspirantes (et/ou parfois controversées, comme récemment avec Alex Honnold)

Mais rarement des contenus pensés pour être appliqués concrètement,

par des grimpeurs “normaux”, comme toi et moi

avec un boulot, une fatigue, des contraintes, et parfois déjà quelques douleurs bien installées.

Et c’est là que le fossé se creuse.

D’un côté, des connaissances solides mais élitistes, complexes à comprendre et encore plus à mettre en place seul.

De l’autre, des contenus accessibles, mais souvent superficiels, qui donnent envie… sans vraiment aider à progresser durablement.

Et entre les deux ?

Pas grand-chose.

C’est assez ironique, parce que pendant longtemps, je pensais que le problème venait de moi.

Que je n’étais pas assez motivé.

Alors je faisais plus. Je forçais plus. Je m’entraînais plus.

Sur le papier, ça semblait logique.

Dans la réalité, le résultat a surtout été… plus de séances, et plus de rendez-vous chez le kiné.

Avec le recul, j’ai compris un truc simple :

la motivation sans cadre ne mène pas à la progression, elle mène surtout à l’usure.

Depuis je me suis formé, et je me rends compte tous les jours un peu plus des erreurs qui j’ai accumulées pendant ces années.

J’ai accompagné une quinzaine de personnes, grimpeurs et non-grimpeurs, et échangé avec une quarantaine d’autres lors d’appels ou de discussions informelles.

Et les mêmes phrases reviennent, encore et encore :

“J’ai peur de mal faire.”

“Je ne sais pas par où commencer.”

Pourtant, l’information est déjà partout.

Ce qui bloque vraiment, ce n’est pas le manque de connaissances.

C’est le cadre. La charge mentale réellement disponible.

Et la capacité à adapter tout ça à sa vraie vie.

On me dit souvent que mes vidéos aident

Franchement un grand merci pour ça.

Mais une vidéo restera toujours une version simplifiée de la réalité.

Sans échange direct, impossible d’individualiser.

Et aujourd’hui, je trouve qu’il manque quelque chose de fondamental dans le contenu autour de l’escalade :

des ressources pensées pour des grimpeurs normaux,

qui veulent progresser sur le long terme,

sans accepter la blessure comme une fatalité.

Je ne grimpe pas 8a.

J’ai fait un seul 7a à Bleau.

Et je me prépare tranquillement pour le prochain.

Mais justement.

Je suis convaincu que la progression ne devrait pas être réservée à une élite.

Qu’elle ne devrait pas passer par la casse.

Et que mieux comprendre son corps, ses contraintes et ses marges est une clé essentielle, quel que soit le niveau.

Prends soin de toi,

Jocelyn